Charte

Bâle, le 31 mars 2000

Considérant:
1.
Que le marché du sexe est une réalité sociale qui ne peut pas être supprimée par des lois ou des règlements, que ceux-ci ne peuvent que renforcer la clandestinité et la marginalité, et par là même créer des zones de non-droits propices à l′exploitation et aux violences de toutes sortes et rendre ainsi la situation des travailleuses/rs plus précaire et les actions de promotion de la santé et de la solidarité plus difficiles.
2.
Que la marché du sexe recouvre des réalités multiples ; certaines personnes revendiquant leur activité comme librement choisie et assumée, d′autres comme une réponse possible à des conditions économiques précaires, d′autres encore l′exerçant sous la contrainte de tiers (individus ou réseaux organisés).

PROCORE respecte les personnes qui travaillent dans les métiers du sexe, quelle que soit leur origine, leur genre et leur situation de vie.

PROCORE défend une approche qui tienne compte de la multiplicité des réalités que recouvre le marché du sexe et s′inscrive dans une politique de reconnaissance sociale des travailleuses/rs du sexe et de réduction des risques. Seule une telle politique peut permettre de réduire les discriminations, injustices et violences dont sont victimes les travailleuses/rs du sexe. Le travail du sexe constitue un service et ne doit pas être interdit.

PROCORE estime essentiel de distinguer le travail du sexe exercé librement de celui exercé de manière forcée et reconnaît la nécessité de décriminaliser le travail du sexe exercé librement, approche indispensable :
• A la reconnaissance de la parole des travailleuses/rs du sexe qui revendiquent leur activité comme libre et indépendante
• A un véritable travail de prévention et de lutte en matière de prostitution et autre travail du sexe forcé.

Adoptant la définition proposée par Michèle Hirschel, PROCORE, entend par prostitution forcée, « le fait, dans un but de lucre, d′amener une personne à fournir à une autre personne des services sexuels, par une forme quelconque de contrainte ». La contrainte inclut « les formes les plus évidentes de violence (séquestration, coups, viol, menaces, etc.) et, le cas échéant, le fait d′obtenir d′une personne, en abusant de sa vulnérabilité résultant soit de sa situation administrative précaire ou illégale, ou de sa situation de dépendance économique ou d′un état de santé précaire, la fourniture de services sexuels ». La contrainte telle que définie ici peut toucher toutes les formes de travail du sexe.

PROCORE considère la personne dans la globalité de sa vie. Pour être efficace, tout travail de prévention doit s′inscrire dans une optique de promotion de la santé globale. Celle-ci englobe la question des droits humains et de la citoyenneté, de la sécurité physique et psychique, de l′estime de soi et de la lutte contre la stigmatisation des travailleuses/rs du sexe. La santé globale est en effet déterminée par des facteurs sociaux (droits, logement), économiques (stabilité des ressources) et psychologiques (lien social, estime de soi).

PROCORE est un collectif de défense des droits humains et de citoyenneté des personnes qui travaillent dans les métiers du sexe.